Le joli village où j'ai la chance de vivre dans mon refuge suspendu aux rochers

 

 

Peut-être serai-je plus gaie
Quand, dédaigneuse du bonheur,
Je m'en irai vieille et fanée,
La neige au front et sur le cœur :

Quand la joie ou les cris des autres
Seront mon seul étonnement
Et que des pleurs qui furent nôtres
Je n'aurai que le bavement.

Alors, on me verra sourire
Sur un brin d'herbe comme au temps
Où sans souci d'apprendre à lire
Je courais avec le printemps.

Cécile SAUVAGE (1883-1927)

 

 

Sainte Sotère, vierge et martyre à Rome (+ 304), fêtée le 11 février.

Étymologie grecque : sauveur.


Saint Ambroise, qui était son parent, félicitait sa famille d'avoir produit cette illustre martyre, et l'en regardait comme le plus bel ornement. Il a célébré le martyre de sa parente Sotère, descendant comme lui de la gens Aurelia (1).


Sotère comptait parmi ses aïeux une longue suite de consuls, de préfets et de gouverneurs de provinces. Mais sa véritable gloire consiste à avoir méprisé, pour l'amour de Jésus-Christ, la noblesse de la naissance, l'éclat de la beauté, les avantages de la fortune, enfin tous ces biens, qui excitent les désirs des partisans du monde.


Elle fit à Dieu le sacrifice de sa virginité ; et, comme sa rare beauté l'exposait à de grands dangers, elle en négligea le soin, et s’interdit l'usage de toutes les parures inventées par l'envie de plaire.


C'était ainsi qu'elle se préparait à rendre un glorieux témoignage à la divinité de Jésus-Christ. L'occasion s'en présenta immédiatement après la publication des édits barbares que Dioclétien et Maximien donnèrent contre les fidèles. Sotère ayant été arrêtée, fut conduite devant le magistrat, qui la fit frapper rudement au visage. Elle se réjouissait d'être traitée comme son Sauveur, et recevait avec une patience admirable les coups dont on meurtrissait cruellement ses joues.


« C'était une belle et noble vierge : à l’illustration des aïeux, aux consulats et aux préfectures gérés par les ancêtres, elle préféra la foi : quand on la somma de sacrifier, elle répondit par un refus.


Le persécuteur ordonna de souffleter la jeune fille, espérant qu'elle céderait, sinon à la douleur, au moins à la honte. Mais elle, à ces paroles, découvrit son front, et parut voilée de son seul martyre : elle alla au-devant de l'outrage, présenta ses joues, pressée de sanctifier par la souffrance des attraits qui eussent pu causer sa ruine. Elle se réjouissait de perdre une beauté périssable, afin de mettre sa pudeur à l'abri du péril. On put meurtrir son visage : la beauté intérieure demeura intacte (2). »


Quelle lumière jettent ces paroles sur les dangers que la jeunesse et la beauté faisaient courir aux femmes chrétiennes, en ces jours où ni l'innocence ni la noblesse ne pouvaient plus les protéger contre de honteux caprices ! Elles en étaient réduites à bénir la main brutale qui, s'abattant sur leur visage, le défigurait jusqu'à lui faire perdre toute forme humaine.


« Ainsi, continue saint Ambroise, à travers les injurieux traitements réservés aux esclaves, elle atteignit le faîte de sa passion, si courageuse et si douce que le bourreau se fatigua de frapper ses joues avant que la martyre fût fatiguée de souffrir ses outrages. On ne la vit ni baisser la tête, ni détourner le front ; elle ne poussa pas un gémissement, ne versa pas une larme. Enfin, après avoir épuisé tous les tourments, elle reçut du glaive le coup désiré (3). »


Le juge voyant que ce supplice ne produisait aucun effet, en ordonna de nouveaux, qui ne furent pas plus efficaces. La Sainte les souffrit sans pousser le moindre soupir, et sans laisser couler une seule larme.


Une constance aussi héroïque dans une faible vierge, couvrit le magistrat de confusion ; et pour se dérober la vue de Sotère, que la honte et la rage l'empêchaient de pouvoir soutenir plus longtemps, il la condamna à être décapitée.


On enterra Sotère dans la région cémétériale qui porte son nom, contiguë au cimetière de Calliste, et creusée en toute liberté pendant les premières années du règne de Dioclétien. Cette area parait avoir échappé à la confiscation, probablement parce qu'elle était restée de droit privé, n'ayant pas encore été donnée à l'Église quand la persécution éclata, bien que de longue main préparée pour l'usage de la communauté chrétienne (4).


Cette illustre martyre est nommée dans les anciens martyrologes.


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(1) Sur la famille et la noblesse de sainte Sotère, Roma sotterranea, p. 23-29.
(2) Saint Ambroise, De exhortationae virgiailalis, 12.
(3) Saint Ambroise, De Yirginibus, III, 6.
(4) Roma sotterranea, t. III, p. 36. — Les anciens documents citent plusieurs martyres du nom de Sotère ; la clairvoyante critique de M. de Rossi a pu les distinguer, renvoyer à la persécution de Valérien la Sotère honorée le 12 mai sur la voie Aurelia en même temps que saint Pancrace (voir les Dernières Persécutions du troisième siècle, 20 éd., p. 101), et retenir pour la persécution de Dioclétien celle dont la commémoration est marquée sur la voie Appienne, au 10 février dans le petit martyrologe romain, au 11 février dans une inscription de 401 et plusieurs manuscrits du martyrologe hiéronymien, au 6 février en d'autres manuscrits de la même compilation (Roma sotterranea, t. p. 18-23). Cependant deux manuscrits des Actes de saint Pancrace contiennent l'addition suivante : « Eo tempore passa est virgo Bouline Soteris, nobili genere orta, sub Diocletiano imp. novies et Maximiano octies consulibus » (Ruinart, p. 406), ce qui est la date consulaire de 304 ; mais il est facile de voir qu'une confusion anciennement établie entre les deux saintes homonymes a fait introduire dans les Actes de ce martyr contemporain de Valérien une mention relative à la Sotère immolée sous Dioclétien. Reste une difficulté : celle-ci est honorée en février: or, selon toute apparence, la persécution générale n'était pas commencée à Rome dès février 304, époque où Dioclétien malade, fatigué d'avoir pris à Ravenne son neuvième consulat, voyageait lentement vers les provinces danubiennes, et n'avait pas encore pu subir les conseils du véritable auteur du quatrième édit, Calère, resté en Orient. Je me demande si la date demeurée flottante entre le 6 et le 11 février serait, non celle de la mort, peut-être oubliée quand furent compilés les manuscrits hiéronymiens et l'inscription de 401, mais plutôt celle d'une translation des reliques de la sainte après la paix de l'Église. La chambre où avait été déposée primitivement sainte Sotère (X, 39, sur le plan général du cimetière de Calliste, Roma sotterranea, t. III, pl. XLII-XLV) parait avoir été pendant un certain temps visitée par les pèlerins, comme en témoignent les travaux faits pour leur donner accès (ibid., p. 33, 86-87); cependant elle ne reçut pas la décoration accoutumée des sanctuaires historiques des catacombes, parce que le tombeau de la martyre fut plus tard transféré dans une petite basilique à trois absides (cella trichora) construite sur le sol, à quelque distance (ibid., p. 36; cf. t. 1, p. 259.264; t. III, p. 17, 469, et pl. XXXIX). Je verrais volontiers dans la date de février un souvenir de cette translation.
Sources : Vies des pères, des martyrs, et des autres principaux saints, volume 2, par Alban Butler, Jean François Godescard, Charles Butler, Lactantius, 1828. et Histoire universelle de l'Église catholique, tome 3, par René François Rohrbacher, 1866.