Sainte
Sotère, vierge et martyre à Rome (+ 304), fêtée
le 11 février.
Étymologie grecque : sauveur.
Saint
Ambroise, qui était son parent, félicitait sa famille
d'avoir produit cette illustre martyre, et l'en regardait comme le plus
bel ornement. Il a célébré le martyre de sa parente
Sotère, descendant comme lui de la gens Aurelia (1).
Sotère comptait parmi
ses aïeux une longue suite de consuls, de préfets et de
gouverneurs de provinces. Mais sa véritable gloire consiste à
avoir méprisé, pour l'amour de Jésus-Christ, la
noblesse de la naissance, l'éclat de la beauté, les avantages
de la fortune, enfin tous ces biens, qui excitent les désirs
des partisans du monde.
Elle fit à Dieu le sacrifice
de sa virginité ; et, comme sa rare beauté l'exposait
à de grands dangers, elle en négligea le soin, et s’interdit
l'usage de toutes les parures inventées par l'envie de plaire.
C'était ainsi qu'elle
se préparait à rendre un glorieux témoignage à
la divinité de Jésus-Christ. L'occasion s'en présenta
immédiatement après la publication des édits barbares
que Dioclétien et Maximien donnèrent contre les fidèles.
Sotère ayant été arrêtée, fut conduite
devant le magistrat, qui la fit frapper rudement au visage. Elle se
réjouissait d'être traitée comme son Sauveur, et
recevait avec une patience admirable les coups dont on meurtrissait
cruellement ses joues.
« C'était une belle et noble vierge : à l’illustration
des aïeux, aux consulats et aux préfectures gérés
par les ancêtres, elle préféra la foi : quand on
la somma de sacrifier, elle répondit par un refus.
Le persécuteur ordonna
de souffleter la jeune fille, espérant qu'elle céderait,
sinon à la douleur, au moins à la honte. Mais elle, à
ces paroles, découvrit son front, et parut voilée de son
seul martyre : elle alla au-devant de l'outrage, présenta ses
joues, pressée de sanctifier par la souffrance des attraits qui
eussent pu causer sa ruine. Elle se réjouissait de perdre une
beauté périssable, afin de mettre sa pudeur à l'abri
du péril. On put meurtrir son visage : la beauté intérieure
demeura intacte (2). »
Quelle lumière jettent
ces paroles sur les dangers que la jeunesse et la beauté faisaient
courir aux femmes chrétiennes, en ces jours où ni l'innocence
ni la noblesse ne pouvaient plus les protéger contre de honteux
caprices ! Elles en étaient réduites à bénir
la main brutale qui, s'abattant sur leur visage, le défigurait
jusqu'à lui faire perdre toute forme humaine.
« Ainsi, continue saint Ambroise, à travers les injurieux
traitements réservés aux esclaves, elle atteignit le faîte
de sa passion, si courageuse et si douce que le bourreau se fatigua
de frapper ses joues avant que la martyre fût fatiguée
de souffrir ses outrages. On ne la vit ni baisser la tête, ni
détourner le front ; elle ne poussa pas un gémissement,
ne versa pas une larme. Enfin, après avoir épuisé
tous les tourments, elle reçut du glaive le coup désiré
(3). »
Le juge voyant que ce supplice
ne produisait aucun effet, en ordonna de nouveaux, qui ne furent pas
plus efficaces. La Sainte les souffrit sans pousser le moindre soupir,
et sans laisser couler une seule larme.
Une constance aussi héroïque
dans une faible vierge, couvrit le magistrat de confusion ; et pour
se dérober la vue de Sotère, que la honte et la rage l'empêchaient
de pouvoir soutenir plus longtemps, il la condamna à être
décapitée.
On enterra Sotère dans
la région cémétériale qui porte son nom,
contiguë au cimetière de Calliste, et creusée en
toute liberté pendant les premières années du règne
de Dioclétien. Cette area parait avoir échappé
à la confiscation, probablement parce qu'elle était restée
de droit privé, n'ayant pas encore été donnée
à l'Église quand la persécution éclata,
bien que de longue main préparée pour l'usage de la communauté
chrétienne (4).
Cette illustre martyre est nommée
dans les anciens martyrologes.
_______________________
(1) Sur la famille
et la noblesse de sainte Sotère, Roma sotterranea, p. 23-29.
(2) Saint Ambroise, De exhortationae virgiailalis, 12.
(3) Saint Ambroise, De Yirginibus, III, 6.
(4) Roma sotterranea, t. III, p. 36. — Les anciens documents citent
plusieurs martyres du nom de Sotère ; la clairvoyante critique
de M. de Rossi a pu les distinguer, renvoyer à la persécution
de Valérien la Sotère honorée le 12 mai sur la
voie Aurelia en même temps que saint Pancrace (voir les Dernières
Persécutions du troisième siècle, 20 éd.,
p. 101), et retenir pour la persécution de Dioclétien
celle dont la commémoration est marquée sur la voie Appienne,
au 10 février dans le petit martyrologe romain, au 11 février
dans une inscription de 401 et plusieurs manuscrits du martyrologe hiéronymien,
au 6 février en d'autres manuscrits de la même compilation
(Roma sotterranea, t. p. 18-23). Cependant deux manuscrits des Actes
de saint Pancrace contiennent l'addition suivante : « Eo tempore
passa est virgo Bouline Soteris, nobili genere orta, sub Diocletiano
imp. novies et Maximiano octies consulibus » (Ruinart, p. 406),
ce qui est la date consulaire de 304 ; mais il est facile de voir qu'une
confusion anciennement établie entre les deux saintes homonymes
a fait introduire dans les Actes de ce martyr contemporain de Valérien
une mention relative à la Sotère immolée sous Dioclétien.
Reste une difficulté : celle-ci est honorée en février:
or, selon toute apparence, la persécution générale
n'était pas commencée à Rome dès février
304, époque où Dioclétien malade, fatigué
d'avoir pris à Ravenne son neuvième consulat, voyageait
lentement vers les provinces danubiennes, et n'avait pas encore pu subir
les conseils du véritable auteur du quatrième édit,
Calère, resté en Orient. Je me demande si la date demeurée
flottante entre le 6 et le 11 février serait, non celle de la
mort, peut-être oubliée quand furent compilés les
manuscrits hiéronymiens et l'inscription de 401, mais plutôt
celle d'une translation des reliques de la sainte après la paix
de l'Église. La chambre où avait été déposée
primitivement sainte Sotère (X, 39, sur le plan général
du cimetière de Calliste, Roma sotterranea, t. III, pl. XLII-XLV)
parait avoir été pendant un certain temps visitée
par les pèlerins, comme en témoignent les travaux faits
pour leur donner accès (ibid., p. 33, 86-87); cependant elle
ne reçut pas la décoration accoutumée des sanctuaires
historiques des catacombes, parce que le tombeau de la martyre fut plus
tard transféré dans une petite basilique à trois
absides (cella trichora) construite sur le sol, à quelque distance
(ibid., p. 36; cf. t. 1, p. 259.264; t. III, p. 17, 469, et pl. XXXIX).
Je verrais volontiers dans la date de février un souvenir de
cette translation.
Sources : Vies des pères, des martyrs, et des autres principaux
saints, volume 2, par Alban Butler, Jean François Godescard,
Charles Butler, Lactantius, 1828. et Histoire universelle de l'Église
catholique, tome 3, par René François Rohrbacher, 1866.
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